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Arts et culture
Miró et Tériade : l'aventure d'Ubu se vit au musée Matisse
Le musée Matisse, au Cateau-Cambrésis, a voulu revenir sur les rapports entre l'éditeur Tériade et l'artiste Miró, au travers du personnage d'Ubu autour duquel ils ont travaillé en commun. Ubu, représentant de la tyrannie, a amené Dominique Szymusiak, la conservatrice, dans « beaucoup de domaines tels que l'histoire, la politique, le cinéma ou la poésie ». Pour elle, si le terme « ubuesque » est entré dans le langage courant, le personnage d'Ubu reste assez méconnu du grand public, et c'était l'occasion de le mettre en lumière. Malgré tout, il est actuellement présent dans l'actualité, notamment dans le Nord avec la théâtre diagonal qui le joue, et qui viendra d'ailleurs le jouer au musée Matisse.
Pour Dominique Szymusiak, Ubu apparaît « dans les années 20, pendant la guerre d'Espagne, après la seconde Guerre Mondiale, et aujourd'hui, parce que l'on connaît des situations de dictatures incontrôlables. ». Pour Miró, Ubu va devenir le moyen de représenter Franco. L'exposition expose la totalité des planches, de 48 où il se lance avec Tériade dans l'aventure, jusqu'au point d'orgue de l'exposition : la pièce de théâtre.
Alfred Jarry invente le personnage d'Ubu en 1888, alors qu'il n'a que 15 ans, au lycée, caricaturant un professeur de physique. Il crée sa propre représentation du personnage, tantôt de profil ressemblant à un rat, tantôt avec sa « gidouille », son intestin enroulé. Miró, écoeuré par le régime franquiste, trouve dès 1937 dans ce personnage le moyen de dénoncer la dictature. En 1948, Miró s'engage auprès de Tériade à illustrer le texte d'Ubu Roi. Il en résulte treize grandes lithographies achevées d'imprimer en 1966. Elle sont, dans le musée, apposées au texte de Jarry, pour suivre tout le déroulé de l'histoire. Si elle est vulgaire et sinistre, les dessins sont paradoxalement éclatants de couleurs. Miró continue d'être fasciné par Ubu et imagine dès 1964 la suite d'Ubu Roi avec « Ubu aux Baléares », dont il fournit le texte et les dessins. Elle sera publiée en 1971 pour dénoncer « tous les Ubus qui se vautrent sur les plages au mois d'août ». Miró souhaite surtout montrer l'essoufflement de Franco. Il continue à griffonner sur des petits bouts de papier des images d'Ubu, que l'on peut voir dans l'exposition. Il a alors l'idée, à plus de 80 ans, de raconter « L'enfance d'Ubu » dans un livre édité en 1975, qui coïncide avec la mort de Franco. L'année suivante, une troupe de théâtre catalane menée par Joan Baixas invente une pièce librement inspirée de Jarry, Miró et Franco, et demande à Miró de peindre les décors et les marionnettes. On peut exceptionnellement les voir, ainsi qu'un film retraçant leur création.
L'exposition ne s'arrête pas là puisque, depuis 2006, le musée donne carte blanche à des artistes contemporains qui prolongent la pensée matissienne dans l'art actuel. Cette fois, c'est Nicolas Guiet qui a investit les lieux avec des installations fluos qui se fondent pourtant dans le décor. Le musée souhaite ainsi montrer l'art contemporain dans un autre contexte et le démocratiser dans les musées.
Plus d'informations : . Extraits de « Alfred Jarry : Ubu Roi » par le Théâtre Diagonale, les dimanches 8 novembre, 27 décembre et 17 janvier à 16 h 30. . Un concert « Miró à la rencontre d'Ubu » par Paul Abirached, le 6 décembre à 16 h 30.
Musée Matisse Palais Fénelon Le Cateau-Cambrésis Tél. : 03.27.84.64.50 www.cg59.fr E-mail : museematisse@cg59.fr De 10 h à 18 h, fermeture tous les mardis, le 1er novembre, le 1er janvier, et le 25 décembre.
Texte : Audrey WILLIART
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Philippe Geluck
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